Pourquoi un souvenir traumatique reste-t-il si vif, des années plus tard ? Et comment des mouvements oculaires peuvent-ils aider à le « digérer » ? Les neurosciences apportent des éléments de réponse, même si tous les mécanismes de l'EMDR ne sont pas encore élucidés.
Un souvenir traumatique n'est pas un souvenir comme les autres
Lors d'un événement vécu comme menaçant, le cerveau bascule en mode survie. L'amygdale, qui évalue le danger, s'active fortement, tandis que l'hippocampe, qui situe nos souvenirs dans le temps et l'espace, et le cortex préfrontal, qui permet de prendre du recul, sont moins efficaces sous l'effet du stress.
Résultat : le souvenir peut être stocké de façon fragmentée — images, sensations, émotions, pensées — sans être intégré dans le récit de notre vie. Il garde alors sa charge émotionnelle intacte et peut être réactivé par un simple détail, comme si l'événement se reproduisait.
Le modèle de l'EMDR : le traitement adaptatif de l'information
Francine Shapiro, qui a créé l'EMDR en 1987, a proposé un modèle appelé traitement adaptatif de l'information. Selon ce modèle, notre cerveau dispose d'un système naturel de traitement des expériences, qui les relie à nos autres souvenirs pour en tirer un apprentissage. Le traumatisme bloquerait ce processus ; la thérapie viserait à le relancer.
Ce modèle est avant tout clinique : il décrit ce que l'on observe en séance plutôt qu'un mécanisme biologique démontré. Mais il a ouvert la voie à de nombreuses recherches.
Ce que la recherche suggère sur les mouvements oculaires
Plusieurs hypothèses, non exclusives, sont étudiées pour expliquer l'effet de la stimulation bi-alternée :
- La mémoire de travail : rappeler un souvenir tout en suivant des mouvements oculaires sollicite une mémoire de travail limitée. Le souvenir serait alors moins vif et moins chargé émotionnellement lorsqu'il est à nouveau stocké.
- La reconsolidation mnésique : un souvenir réactivé redevient temporairement modifiable avant d'être réenregistré. La séance offrirait une fenêtre pour l'associer à un état plus apaisé.
- La réponse d'orientation : l'attention portée à une stimulation extérieure s'accompagnerait d'une baisse de l'activation physiologique, favorisant un état de détente pendant l'évocation du souvenir.
Une efficacité reconnue pour le stress post-traumatique
Indépendamment de la question des mécanismes, l'EMDR fait partie des psychothérapies recommandées par l'Organisation mondiale de la santé pour le traitement du trouble de stress post-traumatique depuis 2013. Elle s'inscrit dans le champ des thérapies brèves et s'appuie sur un protocole structuré.
Régulation du système nerveux et théorie polyvagale
Au-delà du retraitement des souvenirs, de nombreux praticiens accordent une place importante à la régulation du système nerveux : apprendre à la personne à revenir à un état de sécurité intérieure avant, pendant et après le travail sur le traumatisme. La théorie polyvagale de Stephen Porges, bien que discutée dans la communauté scientifique, offre aux cliniciens un cadre de lecture utile de ces états.
C'est l'un des piliers de l'EMDR-DINAMO, approche intégrative développée par Caroline Pierrisnard, psychologue diplômée d'un Master en neurosciences cognitives : la phase de stabilisation et les outils de régulation émotionnelle y précèdent tout retraitement.
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